Le travail dignité de la famille

Catéchèse du pape François (récupérée sur le site de Zénit)

Chers frères et sœurs, bonjour !

Après avoir réfléchi sur la valeur de la fête dans la vie de la famille, nous nous arrêtons aujourd’hui sur un élément qui lui est complémentaire : le travail. Tous deux font partie du projet créateur de Dieu, la fête et le travail.

Le travail, dit-on communément, est nécessaire pour subvenir aux besoins de la famille, pour élever les enfants, pour assurer à ceux qui nous sont chers une vie décente. D’une personne sérieuse, honnête, la plus belle chose que l’on puisse dire est : « C’est un travailleur », c’est quelqu’un qui bosse, quelqu’un qui, dans la communauté, ne vit pas sur les autres. J’ai vu qu’il y a beaucoup d’Argentins ici aujourd’hui, et je dirai comme on dit chez nous : « No vive de arriba » [« On ne vit pas sur le dos des autres », en espagnol, ndt].

Et en effet, cette expression familière nous fait comprendre que le travail, dans les mille formes qu’il prend, s’occupe aussi du bien commun. Et où apprend-on ce style de vie vouée au travail ? Avant tout, on l’apprend en famille. La famille éduque au travail par l’exemple des parents : le papa et la maman qui travaillent pour le bien de la famille et de la société.

Dans l’Évangile, la Sainte Famille de Nazareth apparaît comme une famille de travailleurs, et Jésus lui-même est appelé « le fils du charpentier » (Mt 13,55) ou directement « le charpentier » (Mc 6,3). Et saint Paul ne manquera pas d’avertir les chrétiens : « Celui qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3,10). (Voici d’ailleurs une bonne recette pour maigrir : ne travaille pas, ne mange pas !) L’apôtre se réfère explicitement au spiritualisme faux de certains qui, de fait, vivent sur leurs frères et sœurs « sans rien faire du tout » (2 Th 3,11). L’engagement au travail et la vie spirituelle, dans la conception chrétienne, ne s’opposent pas du tout. Il est important de bien comprendre cela. La prière et le travail doivent demeurer ensemble en harmonie, comme l’enseigne saint Benoît. Le manque de travail ruine autant l’âme que le manque de prière ruine l’activité pratique.

Travailler – je le répète, de mille manières – est le propre de la personne humaine. Cela exprime sa dignité d’être créé à l’image de Dieu. C’est pourquoi on dit que le travail est sacré. Et c’est pourquoi la gestion des emplois est une grande responsabilité humaine et sociale, qui ne peut être laissée aux mains de quelques uns ou abandonnée à un « marché » divinisé. Provoquer une destruction d’emplois c’est provoquer un grave dommage social. Je suis triste quand je vois qu’il y a des gens sans travail, qui ne trouvent pas de travail et qui ne connaissent pas la dignité d’apporter le pain à la maison. Et je me réjouis tellement lorsque je vois que les gouvernants déploient de grands efforts pour créer des emplois et faire en sorte que tous aient un travail. Le travail est sacré, le travail donne sa dignité à une famille.

Ainsi, comme la fête, le travail fait partie du projet de Dieu Créateur. Dans le livre de la Genèse, le thème de la Terre comme maison-jardin, confiée aux soins et au travail de l’homme (2,8.15), est anticipé par un passage très touchant : « Quand le Seigneur Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre et aucune herbe des champs n’avait encore poussé – car le Seigneur Dieu n’avait pas fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour travailler le sol et faire sortir de terre l’eau dans des canaux pour irriguer » (2,4b-6a). Ce n’est pas du romantisme, c’est la révélation de Dieu ; quant à nous, il est de notre responsabilité de la comprendre et de l’assimiler de fond en comble. L’encyclique Laudato si’, qui propose une écologie intégrale, contient également ce message : la beauté de la Terre et la dignité du travail sont faites pour être réunies. Toutes deux vont ensemble : la Terre devient belle quand elle est travaillée par l’homme. Quand le travail s’éloigne de l’alliance de Dieu avec l’homme et la femme, quand il est séparé de leurs qualités spirituelles, quand il est otage du seul profit et méprise ceux qui nous sont chers, l’avilissement de l’âme contamine tout : même l’air, l’eau, l’herbe, la nourriture… La vie civile se corrompt et l’habitat [en français, ndt] s’abîme. Et les conséquences frappent surtout les plus pauvres et les familles les plus pauvres. L’organisation moderne du travail révèle parfois une dangereuse tendance à considérer la famille comme un obstacle, un poids, un passif, pour la productivité au travail. Mais posons-nous la question : quelle productivité ? Et pour qui donc ? Celle que l’on nomme la « ville intelligente » est indubitablement riche en services et en organisations ; mais elle est, par exemple, spécialement hostile aux enfants et aux personnes âgées.

Parfois, un entrepreneur ne pense que gestion de la force de travail individuel, il recrute, utilise ou licencie, selon son intérêt économique. La famille est un grand banc d’essai. Quand l’organisation du travail la tient en otage ou quand elle lui bouche complètement le chemin, alors nous sommes sûrs que la société des hommes a commencé de travailler contre elle-même !

Les familles chrétiennes reçoivent de cette conjoncture un grand défi à relever et une grande mission. Elles portent sur le terrain les fondamentaux de la création de Dieu : l’identité et le lien de l’homme et de la femme, la génération des enfants, le travail qui fait de la Terre une maison et qui rend le monde habitable. La perte de ces fondamentaux est un sujet très sérieux de préoccupation, et, dans la maison commune, il y a déjà beaucoup trop de fissures ! La tâche n’est pas facile. Parfois, il peut sembler aux associations de familles qu’elles sont comme David face à Goliath… mais nous savons quelle fut l’issue de ce défi ! Relevons-le avec foi et ruse. Que Dieu nous donne d’accueillir dans la joie et l’espérance son appel, en ce moment difficile de notre histoire, appel au travail pour nous rendre dignes, nous et nos familles.

© Traduction de Zenit, Matthieu Gourrin

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